Audrey Fléchet — Sculptrice-fondeuse
Née à Paris en 1977, Audrey Fléchet est sculptrice-fondeuse. Son parcours artistique est une exploration de la matière au service d’une sensibilité profondément attachée au vivant.
Elle découvre sa vocation à l’âge de dix-sept ans, lors d’un stage auprès de la sculptrice Renée Bossaert. Cette rencontre fondatrice l’engage sur le chemin de la sculpture. De 1997 à 2008, elle poursuit sa formation dans plusieurs ateliers et écoles d’art parisiens, notamment à La Grande Chaumière, à l’École Boulle, à l’École Estienne, à Olivier de Serres et à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. Elle y développe une pratique exigeante du dessin et une connaissance approfondie des formes, des volumes et des matières.
Elle commence à exposer son travail dès 1999 et installe son premier atelier. Sa recherche la conduit ensuite vers la glyptique, qu’elle étudie au Muséum national d’Histoire naturelle, puis vers la fonte du bronze d’art, qu’elle approfondit à la Fonderie Ducros.
De la rigueur dans l’imaginaire
À trente ans, Audrey Fléchet quitte Paris pour la Sologne, puis s’installe dans le bocage berrichon. Ce changement de territoire marque une étape essentielle dans son œuvre. Loin de l’agitation parisienne, son regard se tourne davantage vers le paysage, le vivant et les forces silencieuses qui traversent la matière.
Son travail s’élabore dans un dialogue entre observation et imaginaire, rigueur du geste et liberté de création.
Elle est convaincue que la représentation du corps humain ne se limite pas à la recherche d’une ressemblance. Le corps est pour elle un langage : dans sa singularité, postures, tension, équilibre, fragilités et force. La représentation du corps humain peut exprimer une pensée, une émotion et des idées.
La figure humaine devient ainsi un territoire d’expression et de réflexion sur l’être, ses relations aux autres et sa place dans le monde.
La matière: bras de la mémoire.
Elle reçoit nos gestes, nos empreintes, nos transformations. Elle conserve les traces de ce qui a été, parfois jusque dans ce qui ne peut plus être nommé. Le corps lui-même devient mémoire : il porte les marques du temps, de l'expérience, des relations et de la vie. Des réflexions.
Par la sculpture, Audrey Fléchet cherche à retranscrire cette mémoire du vivant—pour rendre visibles des forces qui échappent parfois aux mots.
Au cœur de sa démarche se trouve une conviction plus intime encore : la matière est sensible et garde des traces.
Elle reçoit les empreintes du geste, travaille avec les transformations qui l'ont traversée. Mais au-delà de ces marques physiques, Audrey Fléchet considère que la matière peut aussi porter quelque chose de notre présence au monde — nos intentions, nos choix, nos rapports aux autres et au vivant.
La matière devient alors une forme de mémoire.
Le corps humain, qui porte lui-même les traces du temps, des expériences et de la vie, entre en résonance avec cette matière qui conserve à son tour les empreintes de sa transformation. La sculpture naît de ce dialogue : entre le corps et la matière, entre le visible et l'invisible, entre ce qui est donné à voir et ce qui est éprouvé intérieurement.
La matière garde la mémoire de nos gestes, mais peut-être aussi celle de nos intentions.
Le feu, l’émotion et l’invisible
Désireuse de maîtriser l’ensemble du processus de création, Audrey Fléchet construit sa propre fonderie d’art et choisit de travailler selon la technique ancestrale de la cire perdue. Elle y réalise elle-même la fonte de ses sculptures en bronze, au départ dans un four alimenté au charbon de bois.
Ce processus prolonge le geste de la sculpture jusque dans la transformation de la matière par le feu. Le moulage direct qu’elle a développé donne à chaque œuvre une présence singulière : accidents, empreintes, tensions et traces du processus deviennent partie intégrante de la sculpture.
Chez Audrey Fléchet, le bronze n’est donc jamais une simple matière de reproduction. Il est une matière traversée par le feu, qui conserve la mémoire du geste et révèle, dans le métal, les mouvements infimes et subtils de la vie.
La sculpture devient ainsi un moyen de rendre visible ce qui ne l’est pas toujours : une idée, une émotion, une mémoire, une relation ou une force intérieure.